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Coup de pouce
à Barrido

(Philippines)
Association à but humanitaire
Mise à jour le 15 décembre 2011
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Lettre de Barrido, île de Panay, Philippines

Chers amis de « Coup de pouce »,

Me voilà rentrée à nouveau de Barrido (île de Panay, Philippines) après un mois de séjour sur place.

C'est la première fois depuis ces 14 dernières années que je n'y reste qu'un mois. La raison principale est politique. C'est une année d'élections : nationale, régionale et départementale, aux Philippines. Il est préférable pour l'association de ne pas y être mêlée, les candidats étant très désireux de nous récupérer, alors qu'ils nous ignorent tout le reste du temps...

L'avantage durant cette période est qu'il est facile d'obtenir tout ce que l'on réclame depuis des mois, sinon des années. Pour exemple, nous attendions depuis le terrible typhon de juin 2008, des camions de terre pour combler les derniers trous d'eau sur le terrain de l'école primaire de Barrido. « Fe » les réclamait sans arrêt depuis cette date, où l'association avait financé d'importants travaux de drainage. Seule la Municipalité d'Ajuy possédait des camions et pouvait effectuer ce travail. Et bien, grâce à cette période électorale, ils nous ont enfin été livrés. Il était temps, car durant mon séjour, il y a eu 4 cas d'enfants hospitalisés pour cause de fièvre dengue, due aux moustiques vivant dans ces mares d'eau stagnantes.

C'est aussi le moment où toutes les routes sont en travaux ! Cela n'a pas facilité mon déplacement avec « Fe » sur l'île de Romblon. 
A vrai dire, la Province de Romblon est composée de 6 îles. Pour y parvenir, il nous a fallu 5 h de voiture pour atteindre le Nord de l'île de Panay, puis 6 h de ferry, puis 2 h de piste de terre sur l'île accostée, puis 1 h sur un nouveau bateau. Enfin, nous sommes arrivées à l'hôpital principal de Romblon où nous ont accueilli « Cata » chirurgien et directeur de l'hôpital public, et sa femme « Buday » médecin généraliste. Nous soutenons leurs actions dans ce nouvel hôpital depuis 2 ans, mais nous n'avions pas encore eu l'occasion de nous y rendre. Vous comprendrez aisément pourquoi ! Nous avons passé 5 jours avec eux. Ils m'ont demandé d'organiser 2 sessions sur la sexualité et la contraception avec les infirmiers de leur hôpital. Cela s'est très bien passé, mais j'ai pu réaliser combien leurs besoins d'information étaient importants.

L'île principale de Romblon est une gigantesque carrière de marbre. Tout l'industrie locale est tournée vers cette activité. Elle entraîne beaucoup de problèmes pulmonaires et de tuberculose chez les habitants. Il y a aussi de gros problèmes de pollution des eaux. Nous allons aider cet hôpital, comme nous l'avions fait pour le précédent sur l'île de Looc, à installer une unité d'eau potable pour son approvisionnement. Un budget de 1 500 euros leur a été alloué pour les premiers travaux d'adduction d'eau et pour régler des besoins immédiats tels que l'achat d'un pèse-bébé, d'antibiotiques manquants, des moyens de contraception, etc... L'avantage avec Cata et Buday est que nous pouvons leur faire entièrement confiance. Ils sont, avec Fe, les seules personnes à qui nous pouvons donner directement un budget, sans aucun souci de corruption... Dès que leurs premières factures nous parviendront, nous pourrons compléter les fonds dont ils auront besoin.

De retour à Barrido, après 2 nouveaux jours de voyage, nous avons été confrontées à une terrible pénurie d'eau. L'île de Panay subit depuis des mois à une grande sécheresse. Bien qu'El Niño affecte toutes les Philippines, l'île de Panay est beaucoup plus touchée que l'île de Romblon, par exemple. Les 2 derniers semis de riz n'ont pu pousser et la terre est si sèche qu'il est impossible de planter quoi que ce soit depuis plusieurs mois. Les habitants sont en train de manger leurs dernières réserves. Il n'y aura plus rien avant la fin de ce mois. La température est épouvantable. Il y a 2 jours il faisait à Barrido 42° à l'ombre. Durant mon séjour, la température la plus basse a été 36° ! Nous avions déjà vécu cette situation en 1998. C'est à la suite de ce précédent El Niño que nous avions fait les travaux d'adduction d'eau de Barrido. 5 sources avaient été captées dans la montagne surplombant le village. En mars dernier, elles se sont taries l'une après l'autre. 2 nouvelles sources ont été trouvées et raccordées à nouveau. L'une d'elle est aujourd'hui déjà tarie. Cela entraîne des querelles, des détournements de canalisations la nuit, des vols... L'eau est si rare que ne pouvons plus approvisionner le réservoir d'eau potable de Barrido. Nous craignons le retour des épidémies, maladies de peau et infections en tout genre. J'ai pu aussi constater de nombreux nouveaux cas de tuberculose. « Fe » me dit « qu'allons-nous devenir ? »...

Nous essayons actuellement d'acheter du riz importé auprès du gouvernement. Nous relançons le plan anti-calamités que nous avions créé pour ces périodes. Le riz sera distribué aux familles nécessiteuses et mis en compte. Elles rembourseront lorsque le climat deviendra plus clément, lorsque la pêche sera à nouveau plus productive. Car en plus, il n'y a plus de poissons. Ils se régugient dans les fonds profonds pour y chercher un peu de fraicheur ! Pour rappel, l'ancien plan anti-calamités avait été remboursé par les habitants à plus de 95% !

Cette année, nous avons financé les études de 27 « scholars » en lycée et en collège. 3 d'entre eux ont obtenu leur baccalauréat fin mars. « Fe » et moi étions invitées à la remise de leur diplôme. Ce sont des jeunes filles qui sont maintenant en recherche d'emploi à la ville. Nous avons retrouvé durant notre séjour à Romblon, une ancienne scholar de « Coup de pouce », travaillant comme réceptionniste dans un hôtel de Boracay, île très touristique des Philippines. Nous avons pu réaliser combien les salaires sont bas ! Elle travaille 7 jours/7, 
9 h par jour pour un contrat de 6 mois dans un hôtel haut de gamme, et gagne 250 pesos/jour, soit 4 euros. Elle n'est ni logée, ni nourrie... autant dire que malgré les privations, elle arrive à peine à survivre ! Tout sourire, heureuse de nous revoir, elle nous a remercié d'avoir financé ses études et de lui permettre de pouvoir espérer un jour, un avenir meilleur ! Autre exemple, Essa, la fille de Fe, infirmière remplaçante, payée environ 80 euros/mois quand elle travaille à plein temps. Son salaire ne couvre pas son logement, sa nourriture et ses transports. De plus, en période d'élections, tous les postes de remplaçants sont supprimés pour toute la durée de la campagne électorale, soit-disant pour lutter contre la corruption. Les hôpitaux sont donc saturés, de plus les salaires n'ont pas été réglés ces 3 derniers mois ! C'est vraiment le règne de la survie et pourtant, les gens ont toujours le sourire et plaisantent en permanence de leur situation ... Comme cette femme, rencontrée au nouveau centre de santé que nous venons d'ouvrir dans un village voisin de Barrido : elle devrait subir une opération de la vésicule biliaire, coût 220,000 pesos (soit 3 700 euros). Nous sommes confrontés tous les jours à ce genre de situation devant lesquelles nous restons impuissants.

De bonnes nouvelles quand même de Leandro, ce garçon de 16 ans, enfin opéré l'an passé d'une colostomie. Il va très bien et a enfin trouvé une vie normale. Nous finançons pour lui une tutrice qui lui apprend chaque jour à lire, à écrire, à compter. Il est très assidu dans ses apprentissages. Avant mon départ, j'ai rencontré la directrice de l'école primaire où il doit entrer en juin. Il passera au début de sa scolarité, un examen pour déterminer quelle classe il va pouvoir suivre. Des nouvelles aussi de Rodin, cet homme de 32 ans, grand brûlé que nous avions soigné l'an passé. Toutes ses brûlures sont enfin cicatrisées, à l'exception d'une plaie au pied. Nous avons pu l'emmener à l'hôpital et d'après les médecins, il lui serait possible d'envisager de remarcher. La masseuse locale, lui prodigue ses soins 2 fois par semaine. Il commence à pouvoir se tenir debout, mais ne peut encore étendre complètement ses jambes. Il a pris plus de 10 kg depuis que son état s'est amélioré.

La place me manque toujours, car il y a tant à raconter ! Tout ce que j'aurai oublié de dire, se trouvera certainement dans les images du prochain film que j'ai tourné durant ce séjour.

Merci encore à tous, pour votre soutien fidèle. Fe et moi vous embrassons très affectueusement.

Danielle